Le ski nordique finlandais secoué par une affaire de dopage sans précédent

Date 28/02/2002 10:37:27
Sujet : Articles de presse


LE MONDE | 27.02.01 | 09h56


A la veille de la clôture des Championnats du monde de ski nordique de Lathi, en Finlande, deux fondeurs du cru ont été contrôlés positifs.


"Catastrophe." Le quotidien finlandais Helsingin Sanomat n'en revient pas: à la veille de la clôture des Championnats du monde de ski nordique de Lathi, en Finlande, deux fondeurs du cru ont été contrôlés positifs au hydroxyethyl starch (HES), un produit prohibé destiné à faciliter l'oxygénation via une augmentation

substantielle du volume du plasma.

Jeudi 22février, Janne Immonen, trente-deux ans, était contrôlé positif à l'issue du relais 4x10km qu'il venait d'emporter avec ses trois compatriotes. D'abord suspendu pour deux ans par sa fédération, l'athlète devrait se voir infliger un sort identique par la Fédération internationale de ski (FIS). Cette dernière a logiquement retiré sa médaille à l'équipe finlandaise, l'or revenant aux Norvégiens.



Janne Immonen s'est fendu d'une explication peu convaincante, au dire des experts. "Lors de ma préparation, on m'a injecté du HES pour réguler ma sudation dans la perspective de deux départs difficiles, a-t-il déclaré, se

défendant d'avoir voulu agir sur son taux d'hémoglobine. Je n'ai pas eu de problème avec mon taux d'hémoglobine. J'ai pris ce produit sans savoir qu'il était interdit."



Dimanche 25 février, on apprenait qu'un autre fondeur, Jari Isometsae, trente-deux ans lui aussi, avait été contrôlé positif au HES une première fois à l'issue de l'épreuve de fond 15km classique de jeudi, puis une seconde fois à

l'issue de la poursuite, samedi. Il a, lui aussi, écopé de deux ans de suspension et a été privé de sa médaille d'argent.



Devant l'ampleur du mal, la fédération a revu la composition de l'encadrement technique de sa sélection, soupçonné, à tout le moins, de

n'avoir pas surveillé avec la vigilance nécessaire la préparation des athlètes.

Les trois entraîneurs nationaux, Antti Leppaevuori, Kari-Pekka Kyroe et Jarmo Riski, ont

été remerciés lundi 26 février.



SPONSORS EN COLERE



La veille, les médecins de l'équipe, Pirkka Maekelae et Juha-Pekka Turpeinen, indirectement mis en cause par la presse, avaient démissionné. Dans une de ses enquêtes, le Helsingin Sanomat a révélé que des policiers avaient retrouvé un sac en plastique contenant quelque trente ampoules de produits pharmaceutiques (dont le HES), des

seringues et du matériel de transfusion.



Ce sac a été découvert dans une station-service des environs de l'aéroport d'Helsinki, une dizaine de jours après le retour de l'équipe nationale d'Otep&Coupe du monde. Il aurait été oublié par mégarde par un des soigneurs de

l'équipe, Juha-Pekka Turpeinen, soupçonné par la presse finlandaise d'être le personnage-clé de cette affaire.



Ce scandale, qui n'est pas sans rappeler les mésaventures du Tour de France cycliste 1998, a irrité au plus haut point les partenaires de l'équipe finlandaise de ski nordique, eux qui financent les activités de la fédération à hauteur de 20millions de marks finlandais (3,4millions d'euros) par an, une somme qui

réprésente les deux tiers de son budget.



L'assureur Pohjola a d'ores et déjà résilié le contrat de 500000 marks finlandais (85000) qui le liait à la fédération, invoquant une clause de retrait en cas de dopage avéré. "Nous dénonçons toute collaboration avec la Fédération de ski et nous nous réservons le droit d'exiger des réparations financières pour le préjudice subi", a averti le PDG de Pohjola, Jorma Varis.



Devant cette situation, le ministère finlandais de la culture et des sports a haussé le ton. "Nous croyons que la fédération a fait un mauvais usage des moyens financiers dont nous la dotons", a tempété le ministre, Suvi Lindén, en laissant entendre que les subventions de l'Etat à l'élite des fondeurs finlandais seraient revues à la baisse. "Nous voulons connaître les noms de ceux qui se sont procuré les produits dopants, de ceux qui ont pratiqué les injections et de ceux qui ont consommé ces produits. Je ne crois pas un seul mot d'un athlète qui prétend qu'il aurait accepté l'injection d'un produit sans savoir qu'il était interdit", a-t-il, notamment, déclaré.



Cette affaire pourrait connaître de nouveaux développements dès le mardi 27 ou le mercredi 28 février avec la publication des résultats des analyses effectuées sur les vingt-huit échantillons d'urine recueillis auprès de l'équipe finlandaise par l'Agence mondiale antidopage (AMA) après la révélation du premier cas.



Boris Lévy





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